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23 juin 2008

En 1906 sous Emile Loubet

Je réponds à Hussard82 qui écrit avec une pointe de nostalgie : "Tout porte à croire, étant né après 1950 -et sans ce romantisme primaire que serions-nous- que nous avons loupé quelque chose de smart." Je lui demande d'être patiente et de ne pas croire à la thèse de Francis Fukuyama (excusez l'orthographe, je ne maîtrise pas bien les langues parlés de l'autre côté de la ligne des Vosges) selon laquelle l'Histoire serait terminée.

moustaches.jpgUn jeune homme romantique aurait pu se faire la même remarque en 1906 où la France coulait des jours heureux depuis près de 90 ans (mis à part les intermèdes lors des changements de régime mais qui n'affectaient pas le pays profond), où elle avait suivi scrupuleusement depuis près de 60 ans le conseil de Guizot "Enrichissez-vous !". Madame Loubet préparait les cartons de son mari qui allait bientôt laisser sa place à l'Elysée à Monsieur Fallières. Nos deux premiers chef d'Etat du 20è siècle sont tombés dans le plus profond oubli à l'inverse d'un Dreyfus qui catalisa probablement l'intérêt d'une France qui s'ennuyait et rêvait d'en découdre encore une fois. En 1906 donc, rien ne présageait du grand chambardement qui allait suivre, l'inauguration du théâtre des Champs-Elysées passionnait plus que la couleur des culottes des fantassins. Pourtant 10 ans plus tard la moustache de nos jeunes hommes communiquait avec celle des rats dans les tranchées comme une sorte de baiser de la mort. Après la guerre la France avait vécu, beaucoup de ceux qui rêvaient de gloire et d'aventures se retrouvaient dans plusieurs tombent à la fois, et les survivants restaient muets et tremblants devant l'horreur.

Il y a de fortes chances aujourd'hui que le futur nous présente notre époque comme un temps béni (ne tenons pas compte de la baisse provisoire du pouvoir d'achat qui réduit l'égalité des Français devant le renouvellement de l'écran plat). Quoi de plus sentencieux et maladroit qu'une prophétie péremptoire néanmoins l'Histoire a prouvé qu'à la paix succédait toujours la guerre. Alors profitons de vivre quelquechose de "smart", car nous le vivons - le présent a toujours l'air plus vulgaire que le passé - buvons du Guignolet ou du Picon avant de partir à la boucherie.